Ces photos ont été prises en 1992 et 1993, à Paris et en banlieue. J’avais à peine vingt ans et je prenais le graffiti très au sérieux. Suffisamment pour que, sans la pression de mes parents et de l’école « normale », je lâche tout. À l’époque, photographier le graffiti, ce n’était pas un hobby : c’était une position.
Nous sommes au début des années 1990. Le graffiti n’est pas une tendance, encore moins un produit culturel. Avec Florent Massot — futur éditeur de Virginie Despentes — je collabore au fanzine 1Tox, l’un des tout premiers en France à montrer du graffiti tel qu’il existe vraiment : illégal, sale, urgent. Pas pour décorer, mais pour laisser une trace.
Ces images ne sont pas nostalgiques. Elles sont des preuves. Des hommages aussi, à ceux qui sont partis trop tôt : Sign, Stone. Elles rappellent que NTM n’est pas né sur une scène mais sur des murs, et que le hip-hop parisien est d’abord une écriture urbaine avant d’être une industrie. À l’heure où le rap est digéré par le star-système, ces photos posent une question simple : qui tient encore les murs ?
Mode2 en est une des réponses. Une signature, un style, une attitude. Celui qui n’a jamais renié la dimension punk du hip-hop. Celui qui rappelle qu’un tag et une pièce complexe racontent la même chose, avec la même légitimité.
Ces photos revendique donc le tag. Pas comme une étape, pas comme un brouillon, mais comme une forme centrale du graffiti. Le tag est la base, le nerf, le geste brut. Le reste en découle.






